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Architecture et technologie au XXe siècle

Centre George Pompidou | Renzo PIANO | 1977

L’architecture ne se limite pas strictement à l’art de bâtir des édifices. Mais si elle peut subsister par le dessin, l’écrit, des projets imaginaires ou des recherches théoriques, elle est néanmoins totalement indissociable d’une part de concret. Elle doit être pensée à l’échelle de l’Homme, parfois investir un site ou un environnement. Ainsi les aspects technologiques iront toujours de pair à l’invocation de l’architecture. Puisqu’il est question ici de mettre en relation l’architecture et la technologie, il me paraît utile de poser une définition de la technologie que je formulerai ainsi : « La technologie est l’ensemble des dispositifs techniques ou naturels pouvant être utilisés pour faciliter ou rendre possible l’exécution d’une tâche ». Il faut bien avouer que lire « Architecture », « technologie » et « XXe siècle » dans une même phrase fait irrémédiablement émerger un terme bien précis : le « High-Tech », courant fondé sur le discours de la technique en architecture. Mais, méfiants de ces grands arbres qui cachent la forêt, nous verrons d’abord en quoi il ne résume pas à lui seul les liens entre architecture et technologie au XXe siècle pour ensuite s’interroger sur sa véritable légitimité.

Pour mieux comprendre le High-Tech, il est préférable de parler d’avancée technologique que de la simple technologie. Car si l’architecture a toujours suivi de près les avancées technologiques, elle connut les mêmes retentissements que l’ingénierie lors de la révolution industrielle et plus encore pendant la période d’après-guerre. Ainsi lorsque que les nouvelles technologies aéronautiques sont apparues avec l’arrivée des premiers Boeings notamment, il fallait construire des hangars plus grands. Des ingénieurs comme Zygmunt Stanislaw MAKOWSKI ou Ove ARUP ont alors travaillé sur des bâtiments capables d’accueillir les immenses chantiers d’avions ou les nouvelles machineries industrielles. C’est avec l’arrivée de dispositifs tels que les structures en treillis et la standardisation que l’architecture va acquérir un aspect davantage lié à l’industrie et au monde des machines. C’est par cette évolution que des groupes d’architectes / dessinateurs se mirent à produire un imaginaire de villes technologiques, Archigram fut un versant positiviste de cette tendance avec « Plug-In City » (Peter COOK) ou « Instant City » (David GREENE) qui prônaient la connexion et le divertissement contrairement à des groupes comme Superstudio qui critiquaient les travers et dérives de la société capitaliste en dénonçant ce qu’ils refusaient de produire (« Monument Continu »). Ces productions ont toutefois eu des applications concrètes dans la continuité de l’œuvre et des réflexions ces groupes de recherche : le centre George Pompidou de Paris par Renzo PIANO et Richard ROGERS. Contrairement à Archigram, c’est surtout par un langage esthétique que s’illustre la technologie davantage que par une révolution sociale. Le High-Tech se définirait alors comme une architecture fondée sur les possibilités et sur un discours de la technique comme expression formelle.

Oui mais voilà, le cheval de bataille anglais du High-Tech s’approprie une définition qui siérait tout autant à d’autres. Permettons-nous un bref coup d’œil sur la première moitié du XXe siècle. Jean PROUVE, artisan ferronnier, s’est illustré comme ingénieur et architecte en mettant au point des systèmes modulaires en panneaux assemblés sur une ossature. Il a ainsi conçu des maisons tropicales destinées à être transportées par avion, à gabarit strict, facilement montables et auto-ventilées, la technique s’exprimait alors dans l’économie de matériaux tout autant que dans la forme de sa structure. L’idée de performance se retrouve également chez Richard BUCKMINSTER FULLER qui, entre-autre projets de maisons technologiques, a conçu le dôme géodésique qui est la plus stricte application des principes structurels en architecture. Nous pourrions également parler du Crystal Palace de Joseph PAXTON, de la maison en Californie de Helmut SCHULITZ, ou de la maison de verre de Pierre CHAREAU.

C’est à présent que l’on peut s’interroger sur l’application du terme High-Tech, car sachant que l’architecture a toujours suivit les évolutions techniques et que le High-Tech est fondé sur les possibilités techniques et leur expression formelle : Quid des arcs boutants de l’architecture Gothique ? Des structures poteau-poutre en béton armé de François HENNEBIQUE ? De l’expression structurelle des bâtiments de Santiago CALATRAVA ?

Il est bien entendu que la définition du High-Tech va plus loin que la simple expression de la technologie en architecture, qu’elle puise dans un terreau culturel anglais (Archigram) et s’exprime au travers de figures légitimes (Norman FOSTER, Renzo PIANO), mais il me semblait important de pointer du doigt la fragilité des termes couramment utilisés et davantage lorsqu’ils s’imposent au détriment des richesses et des subtilités de l’évolution de l’histoire de l’architecture.


Jérôme PERTUY

10 / 10 / 2016